Source : Le Devoir
Devant la controverse qui se manifeste autour du roman C’était ça ou mourir, dont l’auteur, Thélyson Orélien, est soupçonné d’avoir utilisé des outils d’intelligence artificielle, les Éditions du Boréal ont annoncé jeudi la suspension des activités promotionnelles autour du livre.
Dans un communiqué envoyé en fin d’après-midi, Boréal invoque le bien-être de l’auteur pour justifier sa décision.
« Au-delà du livre et du débat qu’il suscite, il y a un être humain. Nous condamnons sans réserve les messages haineux et les attaques personnelles des derniers jours, et appelons chacun à faire preuve de retenue. Pour assurer le bien-être de Thélyson Orélien, nous suspendons pour l’instant les activités promotionnelles entourant le livre », a-t-on écrit.
La maison d’édition assure toutefois que C’était ça ou mourir demeure disponible à la vente.
« C’est un choc que [Thélyson] vit en ce moment, a indiqué au Devoir Gabrielle Gauchy, attachée de presse du Boréal. C’est une question de le ménager dans cette crise. Ce n’est pas un être insensible et c’est pour son bien-être qu’on suspend les activités. »
Fort chargé, l’agenda promotionnel de M. Orélien comprenait plusieurs activités cet automne au Québec, alors que s’ouvre la saison des salons du livre.
Boréal enjoint au public de ne pas tirer de « conclusions hâtives » quant à l’utilisation ou non de l’intelligence artificielle dans la rédaction du roman, qui est notamment en lice pour les prestigieux prix Goncourt, Médicis, Renaudot et Femina en France.
L’éditeur dit poursuivre ses efforts à l’interne pour déterminer la véracité des accusations.
« Ces derniers jours, nous avons collaboré avec Thélyson Orélien afin de l’aider à constituer un dossier détaillant le travail qui a précédé l’intervention du Boréal. Nous aurions souhaité pouvoir apporter une réponse définitive. Malheureusement, il nous est impossible à ce stade-ci d’infirmer ou de confirmer les allégations auxquelles l’auteur fait face », indique la maison montréalaise, qui assure que l’intelligence artificielle n’a pas été utilisée au cours du travail d’édition du roman.
Boréal se dit par ailleurs préoccupé par les allégations de plagiat qui ont émergé au cours des derniers jours à l’endroit de Thélyson Orélien.
« [Les allégations] touchent des valeurs qui nous tiennent à cœur : le respect du droit d’auteur et, par le fait même, l’intégrité qui doit guider le processus éditorial. Le plagiat est une pratique inacceptable », a indiqué l’entreprise.
Le Salon du livre de l’Estrie lui ferme la porte
Plus tôt en journée, le Salon du livre de l’Estrie est revenu sur sa décision d’accorder à l’auteur le titre d’invité d’honneur de l’événement prévu à la mi-octobre. L’écrivain québécois d’origine haïtienne ne fera donc plus partie de la programmation.
Il ne sera pas non plus remplacé par un autre invité d’honneur. « Les éléments de communication concernant sa participation au Salon du livre de l’Estrie seront retirés du site Internet et des réseaux sociaux », précise le communiqué du salon. C’est, dans les faits, déjà réalisé : plus aucune trace des activités auxquelles M. Orélien était convié, dont une discussion animée par la journaliste du Devoir Lisa-Marie Gervais, n’existe sur le site Web ou les réseaux sociaux du Salon du livre de l’Estrie.
Ce sont principalement les allégations de plagiat concernant des chroniques et des textes qu’il a publiés dans des médias francophones qui ont mené à la décision, indique-t-on.
Le texte intitulé « Ne mettons pas nos héros sur un piédestal », publié par Thélyson Orélien dans La Presse le 28 février 2013, est notamment un calque traduit d’une chronique d’Andy Bautista, « Falling from pedestals », publiée cinq jours plus tôt dans The Philippine Star, a révélé La Presse mercredi.
En entrevue au micro de Tout un matin jeudi, l’éditeur adjoint et vice-président information du quotidien montréalais, François Cardinal, a admis : « Étant donné l’accusation de plagiat, ce serait bien étonnant — je le dis de manière diplomatique — que l’on republie M. Orélien dans nos pages. » L’écrivain signait des chroniques dans La Presse depuis juin dernier.
Thélyson Orélien est dans la tourmente depuis mardi, un compte X jusque-là inactif, « Balance ton Claude », l’ayant alors accusé d’avoir généré à l’aide de l’IA la quasi-totalité de son plus récent manuscrit, qui est lauréat du prestigieux prix Fnac. Le compte anonyme se base sur une analyse du détecteur d’IA Pangram, qui a un taux de fiabilité de 99,7 %.
Le journal Le Figaro a depuis dévoilé que le compte est tenu par son chroniqueur Samuel Fitoussi, essayiste et auteur.
Jeudi, M. Orélien a accordé une entrevue à l’Agence France-Presse dans laquelle il a dénoncé une « volonté » de le « faire taire ». « Par rapport à tout ce qui se passe dans l’actualité, je suis prêt à m’exprimer quand tout sera calme, a-t-il expliqué. Parce que maintenant, il y a quand même cette volonté, non seulement
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