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« Je proposerais qu’on commence avec un tour de table et un brise-glace, donc chaque personne va nommer un trauma d’enfance », lance une voix modifiée qui résonne dans la librairie Les Deux Sœurs, à Sherbrooke, suivie des rires de la quarantaine de participants.
Les plus grands admirateurs reconnaissent immédiatement l’humour de Mishel Kekourge, la personne derrière la page Facebook satirique « Organisation structurelle coconstruite de lo praticienxe réflexixe » (OrgStruCo de son petit nom), et depuis peu, derrière le livre Remercions.
Jeudi soir, c’était la première soirée de lancement du livre, événement qui a affiché complet en moins de 48 heures.
Mishel Kekourge s’adressait aux lecteurs à distance, à l’aide d’un modulateur de voix.
Photo : Radio-Canada / Laurence Frappier
Le livre, on sent vraiment que c’est une personne qui converse avec nous sur comment ça va mal!
, témoigne une participante. Son humour me touche. Je ne suis pas une personne qui travaille dans le réseau, par contre, je comprends qu’il se passe de quoi et qu’il faut qu’il y ait de quoi qui se fasse, sinon, c’est tout le monde qui va en souffrir
, ajoute une autre.
Départ en force
L’enthousiasme pour l’événement de lancement n’est pas une surprise après le succès fulgurant des ventes de l’ouvrage.
À la librairie Les Deux Sœurs, plus de 80 exemplaires ont quitté les tablettes : le plus grand nombre de ventes à ce jour pour un seul livre, assurent les propriétaires.
La librairie les Deux Sœurs, à Sherbrooke.
Photo : Radio-Canada / Jeanne Trépannier
On a commencé par commander dix livres, et ils se sont vendus comme ça
, raconte Léonie Boudreault en claquant des doigts. Elle est libraire et copropriétaire de Les Deux Sœurs.
Le mois de juillet, c’était des gens qui entrent et qui disent : « avez-vous Remercions?”
Remercions qui?
Remercions est en quelque sorte la continuité de la page OrgStruCo, qui a été très active durant la pandémie et qui compte toujours 70 000 abonnés. Le livre, comme la page, dénonce avec humour les violences institutionnelles et les absurdités du réseau de la santé. Il se veut un appel à la mobilisation.
Lancée en 2019 par Mishel Kekourge, la page Facebook « Organisation structurelle coconstruite de lo praticienxe réflexixee » évoque, avec humour, les problèmes touchant le réseau de la santé.
Photo : Facebook/Organisation structurelle coconstruite de lo praticienxe réflexixe
Pour Mishel Kekourge, c’était une façon d’en faire le post-mortem
, quelques années après sa fermeture.
Je me suis dit : quand je vais perdre la mémoire, j’aimerais ça relire ce que j’ai fait pendant ces années-là!
, raconte Mishel Kekourge, qui utilise ce pseudonyme pour préserver son anonymat et ainsi éviter d’être la cible de représailles professionnelles ou de harcèlement. Iel souhaite également conserver une certaine quiétude malgré l’engouement généré par son ouvrage.
Les fans de la page OrgStruCo reconnaîtront l’humour de Mishel Kekourge.
Photo : Radio-Canada / Félix Delorme-Lapointe
L’auteur.e n’aurait jamais cru que ce projet personnel
connaîtrait un tel succès.
On faisait des paris avec ma blonde. Moi, j’avais dit que j’allais en vendre 300. Ma blonde avait parié que j’allais en vendre 350.
C’est finalement presque la totalité du premier tirage qui a été vendu : 5500 exemplaires.
La force d’une communauté
Si la communauté d’OrgStruCo trouvera dans l’ouvrage des références savoureuses, il s’adresse aussi à ceux qui y sont étrangers, assure Mishel Kekourge.
Sur la page d’OrgStruCo, Mishel Kekourge identifie ses publications avec cette illustration.
Photo : Mishel Kekourge
N’importe qui qui a vécu des formes de violences institutionnelles, des absurdités administratives, de la pression au travail [y trouvera son compte]. Je pense que ça a le potentiel de toucher pratiquement 100 % de la population.
C’est aussi un rappel de l’importance de notre santé mentale, et de ne pas se laisser absorber par ces systèmes.
Remercions relate l’histoire d’OrgStruCo, mais aussi l’expérience personnelle de quelqu’un qui a travaillé dans le milieu de la santé. Le constat final peut être tiré d’une citation des Appendices : c’est comme avant, mais pire.
Je pense que les choses ne s’améliorent pas nécessairement. Avec toutes les réformes, dont Santé Québec, je pense que nous allons à contre-courant. Ceci dit, j’ai la croyance profonde que nous pouvons changer les choses, que ce n’est pas une fatalité.
Un tirage de 2000 exemplaires supplémentaires doit être imprimé à la mi-septembre.








