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Cinq titres jeunesse à explorer

Source : Le Devoir

La poète, slameuse et enseignante Sophie Jeukens, qui a fait paraître en 2022 Couchés en étoile dans la combustion lente des jours, où se succèdent les déboires sentimentaux, signe un premier ouvrage jeunesse. Destinée aux petits qui ont vu s’éveiller au moins neuf printemps, l’œuvre poétique Je voudrais que la vie soit comme dans mon rêve adopte le point de vue d’un garçon qui cherche refuge dans la douceur et les infinis possibles de ses fabulations oniriques. Sauf quand les peurs et les difficultés liées à la réalité y ont déjà établi leurs quartiers… Il faut alors trouver des sources d’apaisement, voire de merveilleux, dans la vraie vie. Les balbutiements d’une amitié, les variations chromatiques des bleus dont peut se colorer le ciel… L’anxiété, omniprésente chez les jeunes, représente assurément un sujet hautement pertinent, qui est ici abordé — ce qui distingue ce livre d’autres propositions — à travers l’évocation que permettent les vers libres.

Il faudra attendre la mi-octobre pour consulter cet ouvrage qui s’inscrit de façon plus qu’opportune dans le contexte sociopolitique local et international. Professeur de sociologie retraité, d’origine égyptienne, Rachid Antonius poursuit, avec cet essai, le louable dessein de permettre aux différentes cultures coexistant au Québec de mieux vivre ensemble. C’est en déconstruisant les idées reçues et les amalgames, en réunissant clarifications, informations, distinctions et nuances, qu’il compte atteindre son objectif. Celui qui s’est notamment intéressé, au fil de sa carrière, à la perception de l’islam que peuvent entretenir les Occidentaux ainsi qu’aux enjeux entourant la diversité et l’immigration souhaite proposer aux jeunes (et, pourquoi pas, aux moins jeunes), avec Kaléidoscope. Un essai pour comprendre les communautés arabes au Québec, des « pistes de réflexion pour nourrir une discussion saine et empathique, à l’abri de la polarisation ». Voilà qui saura certainement nous être collectivement utile.

Autrice et femme de théâtre (elle fut directrice artistique de la compagnie Les Bouches décousues pendant 35 ans), Jasmine Dubé excelle dans l’exploration du mignon et du tendre. Il n’y a qu’à penser, entre autres exemples, à Ma petite boule d’amour, une touchante histoire d’adoption entre ours qui se décline tant sur les planches qu’en version reliée. C’est la piste qu’elle continue de sonder avec un tout nouveau personnage, Marmotton, qui donne son titre à cet album destiné à la petite enfance. Le replet protagoniste, un bébé marmotte d’une vive curiosité, ose s’aventurer sans ses parents au-delà de son terrier… jusque dans un panier à pique-nique ! L’univers visuel de cette rencontre interespèce a été confié à une autre artiste rompue à l’art de s’adresser aux jeunes, et qui maîtrise comme personne le dessin de motifs délicats ainsi qu’une palette de teintes à la fois douces et richement pigmentées, Christine Battuz. Une collaboration qui se devait d’advenir.

Dans un thriller historique inspiré de faits réels survenus dans la ville de Tsavo, située dans l’actuel territoire du Kenya, l’auteur maintes fois récompensé (notamment du Prix du Gouverneur général, pour Le ricanement des hyènes) Camille Bouchard oriente son regard vers la colonisation de l’Afrique. À la fin du XIXe siècle, le Royaume-Uni entend relier Mombasa à Nairobi puis à Kampala (au-delà des chutes Victoria) par un chemin de fer. Or, c’est sans compter l’intervention de deux gigantesques lions qui, la nuit, ne cessent de faucher des ouvriers et des soldats en guise de repas. Leur puissance et leur ruse sont telles que certains voient en eux des créatures magiques contestant la légitimité du projet ferroviaire des conquérants… Dans Tsavo, le récit de ces chassés-croisés belliqueux, où humains et fauves se traquent mutuellement, est entrecoupé de parenthèses épistolaires et même d’incursions dans l’esprit des redoutables félins. Il est aussi suivi de quelques notes informatives portant sur les effets réels de la colonisation.

Après l’album en noir et blanc Le guerrier massaï — en lice pour quelques prix, en plus d’avoir été de la sélection Amazing Bookshelf de la Foire de Bologne —, Laurent Pinabel s’abreuve de nouveau à la mythologie familiale entourant la fameuse statue rapportée d’Afrique par un père voyageant dans la marine marchande. Cette fois, c’est la fabrication de la sculpture qu’imagine l’auteur et illustrateur, incorporant quelques éléments rouges et orangés à sa palette. Le héros du Sculpteur et les guerriers rouges se révèle donc être Mùoti, jeune artisan à qui l’on intime de délaisser les statuettes d’animaux de la savane pour se consacrer à la création de figurines de guerriers massaïs, plus prisées par les touristes. C’est en rencontrant des hommes honorant cette tradition, qui relève d’ailleurs plutôt de la protection des troupeaux que de quelque

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