Source : Le Devoir
Une tradition, aussi ancienne soit-elle, n’est jamais figée dans le temps. Andrée Fortin et Jean-Philippe Warren suivent ses métamorphoses au Québec, du folklore canadien-français au néo-trad contemporain. Les sociologues observent comment les adaptations, les mises en scène et le « faux-klore » façonnent l’idée d’authenticité. Qu’est-ce qui fait qu’une coutume s’inscrit au patrimoine ? Leur analyse révèle que le passé n’est jamais simplement transmis. Il est réinterprété pour donner à la mémoire une place dans le présent.
En seulement deux décennies, la télévision a changé de support et de regard. Au câble a succédé le visionnement en continu, tandis que le mouvement #MeToo a renouvelé les attentes envers les représentations féminines. Chroniqueuse et analyste socioculturelle, Anne-Sophie Gravel décrypte trois séries des années 2010, La servante écarlate, Petits secrets, grands mensonges et Outlander, et met sous les projecteurs la manière dont la fiction rend aujourd’hui visibles des expériences féminines longtemps caricaturées ou édulcorées.
Yves-Marie Abraham se penche sur l’innovation sociale, notion qu’il a lui-même contribué à promouvoir avant d’en contester la récupération. D’où vient-elle, que recouvre-t-elle et qui en profite ? Professeur à HEC Montréal, il établit que les projets associés à l’innovation sociale servent à réparer les dégâts sociaux et écologiques du capitalisme, au risque de cantonner leurs acteurs au rôle d’« éboueurs du capital ». Il appelle pourtant à retrouver le sens des mots et à faire de ces initiatives de réels chantiers de changement social.
Docteure en sciences des religions, Zeinab Diab examine ce qu’elle présente comme un paradoxe du débat québécois sur la laïcité. Dans son nouvel essai, elle soutient qu’au nom de ce principe, les femmes musulmanes se retrouvent trop souvent au cœur des controverses. Elle y analyse ainsi les effets de la Loi sur la laïcité de l’État, adoptée en 2019. Le hidjab, l’accès à l’emploi et la présence dans l’espace public deviennent autant de domaines où se manifestent ces tensions.
Dans un paysage médiatique fragmenté, François Cardinal, éditeur adjoint de La Presse, s’interroge sur un journalisme pris entre propagande, pressions politiques et militantisme. À droite comme à gauche, dirigeants et milliardaires cherchent à orienter les médias, tandis que le public privilégie les sources qui confortent ses convictions. Face à cette polarisation, l’auteur défend une pratique fondée sur les faits, indispensable, selon lui, pour préserver une vérité commune et nourrir le débat démocratique.
Alors que l’IA alimente les scénarios de catastrophe, Thibault Prévost suit une poignée de techniciens de la Silicon Valley qui démantèlent méthodiquement l’administration. Leur projet est de remplacer la bureaucratie par des logiciels, au risque de réduire la délibération publique à des procédures automatisées. Le journaliste décrit un système où l’algorithme prend le pas sur le débat et où la promesse d’efficacité peut servir l’autoritarisme. Un ouvrage sur les prémices d’une postdémocratie exportable ?
Avant les mots, il y a les traces. Un pas dans la neige, une ligne dans le sable, un dessin d’enfant peuvent devenir les signes d’une présence au monde. Sylvain Roy revient sur l’épreuve projective graphique conçue par le psychologue Maurice Meunier, qui a contribué à fonder l’École de psychologie de l’Université Laval. Ce test, qui s’appuie sur le dessin, ouvre un dialogue entre psychologie, art et poésie. Dans ce premier essai en forme d’hommage, l’auteur propose de considérer les dessins d’enfants comme des formes de langage à part entière.
On traverse le métro de Montréal sans toujours voir ce qui s’y joue. Louise Vigneault s’intéresse aux œuvres d’art des stations et aux types d’architecture qui les accompagnent. Elle raconte comment ingénieurs et artistes ont cherché à humaniser un réseau conçu pour faire circuler les Montréalais. En replaçant ces œuvres dans leur contexte social et politique, l’autrice en suit les échos dans la littérature, la musique et le cinéma. De station en station, elle dévoile comment le métro est finalement devenu un véritable espace culturel urbain.
Peut-on parler de souveraineté politique quand nos données passent par des entreprises étrangères ? Poser la question, c’est y répondre. Alain Saulnier, journaliste, professeur et essayiste, sonde la dépendance du Québec et du Canada à l’égard des géants américains du Web. Elle touche les infrastructures autant que les usages et réduit la marge de manœuvre des gouvernements. L’auteur appelle en urgence à reprendre la main sur cet espace stratégique et à reconnaître la dimension politique du numérique.
Le Québec politique du XIXe siècle ne se résume pas au duel entre les « bleus » et les « rouges ». Justin Richard Dubé redonne vie aux « nationaux », surnommés les « violets », une mouvance libérale et modérée active dès la fin des années 1850. Présents dans la presse, les
[...] continuer la lecture sur Le Devoir.






